L’EMPATHIE, une attitude éthique au temps du Covid-19 (Première partie)

3 Aprile 2020

 

 

Par cette réflexion, mon objectif est de présenter certains aspects psycho-éthiques et spirituels de l’empathie, afin de réagir de manière sereine, responsable, solidaire et résiliente en ce temps de pandémie du Covid-19. Dans la première partie de ce Blog, il sera question des aspects psycho-éthiques de l’empathie, alors que la seconde partie sera consacrée à la dimension spirituelle.

  1. Un retour à des valeurs éthiques essentielles

À partir d’échanges avec mon entourage, je me suis rendu compte combien cette situation de contamination dévastatrice demeure très éprouvante pour tous: décès subits d’êtres chers, multitude de personnes contaminées, épuisement des corps médicaux, quarantaine à la maison, distance avec les proches, perte d’emploi, privation de certains services, angoisse, inquiétude, insécurité, etc.

Mais du même coup, plusieurs m’ont avoué que cette crise est l’occasion de faire des prises de conscience incontournables qui nous incitent à vivre une sensibilisation nouvelle à des valeurs éthiques essentielles telles que: l’autoresponsabilité, la coresponsabilité civile et sociale, le respect de la vie humaine, la dignité de la personne, le sens de la mort, la protection de sa santé et celle des autres, la famille, la solidarité, le dévouement, l’entraide, la résilience, le courage, la bienveillance, la sollicitude, la compassion, etc.

Afin de rendre concret le vécu de ces valeurs au temps du Covid-19, je crois que l’empathie s’avère une attitude éthique fondamentale à intérioriser et à développer sur les plans personnel, interpersonnel, social et mondial.

  1. Les fondements psycho-éthiques de l’empathie
    selon Hoffman

À ce titre, les recherches de Martin Hoffman sur l’empathie comme attitude fondamentale dans le développement du jugement moral, s’avèrent éclairantes. En effet, à la lumière de ses recherches en psychologie sociale, Hoffman a tout d’abord démontré que l’empathie chez l’être humain est une attitude innée qui se développe dès les premiers mois de la vie, à travers les relations de l’enfant avec ses parents[1].

L’originalité de ce psychologue américain a été d’élaborer par la suite une approche multidimensionnelle de l’empathie qui intègre quatre dimensions fondamentales de l’être humain: cognitive, affective, motivationnelle et prosociale[2].

  • La dimension cognitive de l’empathie réfère à la capacité rationnelle de reconnaître et de comprendre adéquatement ce que l’autre vit et ressent. Bref, de faire une juste interprétation du vécu et du senti d’autrui.
  • La dimension affective de l’empathie fait référence à l’impact émotif qu’une situation vécue par un autre exerce sur un individu. Autrement dit, l’empathie affective est suscitée par l’expérience viscérale d’une émotion qui est congruente avec celle vécue par une autre personne.
  • La dimension motivationnelle de l’empathie correspond à une attitude altruiste et compatissante qui pousse une personne à aider l’autre dans sa souffrance.
  • Finalement, la dimension prosociale de l’empathie suscite une action altruiste concrète que la personne entreprend pour venir réellement en aide à une personne souffrante[3].

Partant de ces quatre composantes de l’empathie, une des contributions notoires de Hoffman a été de démontrer comment cette attitude peut contribuer activement au développement de la conduite éthique et du jugement moral[4]. En effet, selon lui, les bases psychologiques du comportement éthique se retrouvent:

  • d’une part, dans la réaction empathique envers une personne souffrante;
  • et d’autre part dans une attitude compatissante qui pousse quelqu’un à venir en aide à une personne dans le besoin[5].
  1. Quatre attitudes empathiques face au Covid-19

Je crois que ces éclairages psychologiques sur l’empathie peuvent nous aider à opérer des jugements moraux empreints de coresponsabilité, de sollicitude, de compassion et d’entraide, pour ensuite adopter des conduites éthiques appropriées dans la lutte et la prévention du Covid-19.

Pour ce faire, voyons comment cette pandémie nous donne l’occasion d’intérioriser et de développer des attitudes éthiques à partir de ces quatre dimensions empathiques de Hoffman.

  • L’empathie cognitive: Les informations abondantes des médias sur la souffrance de tant de gens dans le monde, suscitent une attitude empathique qui permet «de se mettre à la place» de ces personnes malades. Ainsi, il est possible de mieux comprendre rationnellement leur souffrance.
  • L’empathie affective: Cette compréhension cognitive de la souffrance des autres, permet ensuite de ressentir avec empathie, au plus profond de soi, les émotions associées à cette terrible maladie du Covid-19. Ainsi, il est possible d’intérioriser et d’expérimenter personnellement la souffrance vécue par ces personnes malades.
  • L’empathie motivationnelle: Le ressenti empathique de la souffrance des patients du Covid-19, suscitera une motivation empathique altruiste et interpersonnelle, ainsi qu’un sentiment de compassion en vue d’aider ces personnes dans leur souffrance.
  • L’empathie prosociale: Enfin, cette compassion nous stimule à être proactifs, en accomplissant des actions éthiques prosociales, en vue de soulager concrètement la souffrance de ces personnes malades ou afin de prévenir la contagion du Covid-19, par exemple:
  • les médecins et les infirmières qui se sacrifient généreusement au risque de leur vie pour soigner les patients du Covid-19;
  • l’ensemble des citoyens et les familles qui, pour leur bien personnel, pour la protection d’autrui et pour le bien commun de nos sociétés, acceptent fidèlement de «rester à la maison», afin de vivre sereinement et patiemment une quarantaine (à la demande de nos dirigeants), en vue d’éviter l’expansion de la contagion au Covid-19, etc.

Cette application à la pandémie du Covid-19, permet d’apprécier davantage comment ces quatre dimensions de l’attitude empathique peuvent favoriser le développement du jugement moral et de la conduite éthique sur les plans personnel, interpersonnel, social et mondial. Le prochain Blog, sera consacré à la dimension spirituelle de l’empathie.

Par Mario Boies, C.Ss.R., M.Ps.

(Professeur invité d’anthropologie empirique auprès de l’Académie Alphonsienne de Rome)

 

[1] Cf. M. L. Hoffman, Empatia e sviluppo morale (Saggi), vol. 701, Il Mulino, Bologna 2008, 61-88, 89-106 ; D. Bacchini, «L’empatia come fondamento dello sviluppo morale», in L. Barone – D. Bacchini (ed.), Le emozioni nello sviluppo relazionale e morale, Raffaello Cortina Editore, Milano 2013, 5a ristampa, 127-138.

[2] Cf. M. Boies, Psychologie et morale: réception de la psychologie cognitive-développemen-tale au sein de la théologie morale postconciliaire, Universidad Comillas, Madrid 2006, 162.

[3] Cf. M. L. Hoffman, Empatia e sviluppo morale, 53-54 ; M. Boies, «L’empatia come chiave di rilettura del perdono e della riconciliazione», in A. V. Amarante – F. Sacco (ed.), Riconciliazione sacramentale: morale e prassi pastorale, Edizioni Messaggero, Padova 2019, 121-122 ; D. Bacchini, «Lo sviluppo morale», in L. Barone (ed.), Manuale di psicologia dello sviluppo, Carocci Editore, Roma 2016, 10a ristampa, 343 ; M. Boies, Psychologie et morale, 162-163.

[4] Cf. M. L. Hoffman, «La aportación de la empatía a la justicia y al juicio moral», in N. Eisenberg – J. Strayer (ed.), La empatía y su desarrollo, Desclée De Brouwer, Bilbao 1992, 59-93.

[5] Cf. ID., Empatia e sviluppo morale, 89, 123 ; D. Bacchini, «Lo sviluppo morale», 346 ; M. Boies, Psychologie et morale, 163.

2 commenti

  • Luis Alberto Roballo Lozano 4 Aprile 2020a5:03 am

    Carissimo Padre Mario,

    Grazie mille per il suo testo, molto ispirante e oportuno per i momenti che vive il nostro mondo. farò una nota ler radio che sarà trasmessa in parecchie emisore. Con cari saluti e fraterni auguri per la pasqua

    • admin 7 Aprile 2020a6:27 pm

      Grazie P. Roballo per seguire le nostre pubblicazioni. Buona Pasqua anche a lei

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